Huit semaines. C’est ce qui reste de croissance utile à une graine semée le 1er septembre sur un balcon de la moitié nord, avant que la longueur du jour tombe sous dix heures et que les légumes-feuilles cessent pratiquement de grossir. Neuf semaines et demie à Toulouse. Sept et demie à Lille.
Ce compte commande tout le reste. Une culture qui demande 35 jours du semis à la première coupe passe largement ; une qui en demande 100 est perdue d’avance, même si octobre reste doux. Sept espèces tiennent dans la fenêtre, chacune avec sa date limite et son volume de terre minimal.
Le compte part de la date où votre ville passe sous dix heures de jour
Sous dix heures de lumière, une salade ne meurt pas : elle s’arrête. Elle garde ses feuilles, elle résiste au gel, mais elle n’ajoute plus de matière. Les maraîchers d’hiver connaissent ce palier, que l’Américain Eliot Coleman a baptisé la période de Perséphone.
Le seuil tombe le 27 octobre à Lille, le 30 à Paris, le 1er novembre à Nantes, le 3 à Lyon, le 7 à Toulouse. Ces dates ne bougent pas d’une année sur l’autre, parce qu’elles dépendent de votre latitude et de rien d’autre. Pour votre commune exacte, le calculateur de lever et de coucher du Soleil de l’IMCCE donne les heures jour par jour.
Comptez les jours entre la date où vous semez et ce seuil : c’est votre budget de croissance. Ce qui ne sera pas récoltable avant doit soit passer l’hiver au ralenti, ce que trois cultures savent faire, soit rester en sachet.
Les sept semis qui aboutissent encore
| Culture | Semer avant le | Terre utile | Première récolte |
|---|---|---|---|
| Cresson alénois | 5 octobre | 8 cm | 20 à 25 jours |
| Radis rond | 20 septembre | 15 cm | 30 à 35 jours |
| Roquette | 25 septembre | 15 cm | 35 à 45 jours |
| Laitue à couper d’hiver | 15 septembre | 20 cm | 55 à 65 jours |
| Épinard | 20 septembre | 25 cm | 50 à 60 jours |
| Cerfeuil | 15 septembre | 20 cm | 60 à 70 jours |
| Mâche | 30 septembre | 15 cm | 80 à 100 jours |
Ces dates valent pour la moitié nord de la France, et les délais de récolte sont indicatifs. Au sud de la Loire, ajoutez deux semaines à chaque ligne ; sur la côte méditerranéenne, trois.
La colonne de la terre utile compte davantage que le volume du bac. Une jardinière ordinaire, 60 cm sur 18, tient une douzaine de litres : assez pour le radis, la roquette, la mâche et le cresson, à condition que la terre y fasse vraiment 15 cm de haut. L’épinard exige 25 cm, parce que sa racine pivotante descend ; dans un bac trop plat il monte en graine au lieu de faire des feuilles. Comptez 20 litres pour six pieds, et notre tableau des volumes de pot pour le reste.
La mâche est la seule à ne pas devoir tenir dans la fenêtre. Semée fin septembre, elle lève, forme trois ou quatre feuilles, puis s’installe et attend. On la récolte de novembre à mars, rosette par rosette, en coupant au ras du collet. Cinq mois d’occupation du bac pour un semis de dix minutes.
Ce qui ne se sème plus, et ce qui se plante quand même
Les tomates, poivrons et aubergines demandent 120 à 150 jours et de la chaleur : la question ne se pose pas. Les courgettes, concombres et haricots lèveraient encore, mais la première nuit à zéro degré les couche. Le basilic germe au-dessus de 20 °C et s’arrête net sous 12 : semé en septembre, il fera quatre feuilles et fondra. La carotte occupe le bac tout l’hiver pour donner des racines filiformes : voyez pourquoi un semis de carottes après juillet ne mérite pas son terreau.
Le persil est un cas limite : il lève en 20 à 25 jours, presque la moitié du budget. Semé maintenant, il ne donnera rien avant le printemps ; repiqué en godet, il produit dès février.
Semer et planter, ce n’est pas la même chose au mois de septembre. Le mois est médiocre pour les graines et excellent pour les plants. L’ail et l’oignon blanc se mettent en terre maintenant pour une récolte de juin, et notre page sur l’ail et les oignons en pot donne les écartements. Les fraisiers plantés avant la mi-octobre fructifient dès mai, contre une saison blanche pour ceux qu’on installe au printemps. Les aromatiques vivaces en godet prennent encore sans difficulté.
Un pot ne garde pas la chaleur, il la suit
En pleine terre, un semis de septembre profite d’un sol qui a emmagasiné l’été : autour de 17 °C à 10 cm de profondeur à la mi-septembre, avec une perte lente, de l’ordre d’un degré par semaine. Une jardinière de 12 litres posée sur une dalle n’a aucune réserve de ce genre. Sur nos bacs, l’écart entre le pic de l’après-midi et le petit matin dépasse couramment quinze degrés en septembre.
Dans notre expérience, il faut ajouter une bonne semaine aux délais du tableau quand les bacs sont en plein vent, sur une rambarde ou sur un plancher ajouré. Deux gestes en récupèrent une partie : plaquer les bacs contre la façade, qui restitue la nuit ce qu’elle a pris le jour, et serrer les pots les uns contre les autres. Le pot noir en plastique, qu’on maudit en juillet, redevient un allié fin septembre.
Le terreau chaud bloque la levée de la mâche
Un semis de mâche raté en début de mois est rarement la faute du sachet. La semence de mâche, de laitue et de cerfeuil entre en dormance quand la température du substrat dépasse 20 à 22 °C au moment du semis. Sur un balcon plein sud, la surface d’une jardinière sombre franchit ce seuil tous les après-midi jusqu’à la mi-septembre. Résultat : rien ne lève, on accuse le sachet, on ressème deux semaines plus tard, et le budget a fondu.
Les parades se tentent dans cet ordre. Semez le soir. Arrosez à l’eau fraîche et couvrez d’un centimètre de terreau fin, pas davantage, pour que la graine reste au frais sans être enterrée. Posez une planche ou un voile d’ombrage pendant 8 à 10 jours, retiré dès les premières pointes vertes. Pour la mâche, le plus simple reste d’attendre le 15 septembre.
Reste le contenant. Le pot d’où vous venez d’arracher un pied de tomate n’est pas prêt : sa terre est tassée et vidée de son azote. Retirez la motte, tamisez les 5 cm du dessus, remplacez un tiers du volume par du terreau neuf. Une graine de radis ne perce pas une croûte compactée par quatre mois d’arrosage.
Le soleil de votre balcon recule plus vite que le calendrier
Le 21 juin à midi solaire, le Soleil culmine à 64 degrés au-dessus de l’horizon à Paris. Le 31 octobre, à 27 degrés. Voilà pourquoi l’immeuble d’en face, qui ne portait aucune ombre sur votre balcon en juillet, l’assombrit entièrement à partir de quatorze heures fin octobre. Le garde-corps plein fait la même chose à son échelle.
Le repérage prend cinq minutes, et il se fait avant de semer. Vers treize heures un jour clair de début octobre, regardez où le soleil tombe encore : cette bande-là recevra vos bacs de semis, le reste du balcon accueillera la mâche et le cresson, qui s’accommodent de deux heures de lumière directe.
À quoi vous voyez que le semis est parti
La levée est le premier point de contrôle, et elle se juge au jour près. Comptez 3 à 5 jours pour le cresson alénois, 4 à 6 pour le radis, 5 à 8 pour la roquette, 6 à 10 pour la laitue, 8 à 12 pour l’épinard, 10 à 14 pour la mâche et 15 à 20 pour le cerfeuil. Au double du délai, s’il n’y a toujours rien, le semis est raté. Avant le 20 septembre il reste la place d’un second essai ; après, basculez sur la mâche ou le cresson.
Le deuxième contrôle arrive trois semaines après la levée. Les plantules doivent porter deux vraies feuilles en plus des cotylédons, sur une tige courte. Si les tiges s’allongent et pâlissent, la lumière manque, et en octobre cela ne se rattrape pas : autant éclaircir tout de suite et sacrifier la moitié des pieds pour sauver l’autre.
Passé le seuil des dix heures, le balcon ne s’éteint pas, il se met en pause. Ce qui est en place à cette date y reste, tient le gel et repart de lui-même à la mi-février, quand la lumière repasse au-dessus du palier. Un semis de fin septembre bien mené donne donc deux récoltes : les feuilles d’automne, puis celles de la fin de l’hiver, sur les mêmes pieds. C’est le principe de tout le potager de balcon en automne et en hiver, et notre calendrier mois par mois indique où reprendre au printemps.