« J’ai acheté un pot de basilic samedi. Mardi il était couché, et je l’arrose pourtant. Ça vaut le coup de le rempoter, ou je le jette ? »
La question revient chaque printemps, et rempoter les herbes aromatiques du supermarché commence par une chose que l’emballage ne dit jamais. Sous le même film plastique, au même prix, le rayon vend deux objets sans rien de commun. L’un se sépare en trois et repart pour la saison. L’autre ne se sépare pas du tout, et le couper en deux le tue.
Au bout de cette page, votre pot du commerce sera devenu deux ou trois pots de 1,5 à 2 litres, plantés, arrosés, posés au bon endroit. Vous saurez que c’est réussi quinze jours plus tard, quand des feuilles neuves sortiront du centre de chaque touffe. Comptez vingt minutes, plus un trempage pendant lequel vous n’avez rien à faire.
Deux objets différents sous le même emballage
Approchez le pot et regardez la surface du terreau, au ras des tiges.
Ou bien vous voyez une forêt : dix, quinze, parfois vingt départs de tiges distincts, serrés sur douze centimètres de diamètre. C’est un semis en touffe. Le producteur a semé une pincée de graines dans une motte de tourbe et l’a vendue six semaines après. Chaque tige est une plante complète, avec ses propres racines.
L’autre cas se reconnaît aussi vite : un pied unique, souvent ligneux à la base, qui se ramifie plus haut. Une bouture racinée, ou un plant repiqué à l’unité. Rien à diviser, il y a une plante et une seule.
Ce comptage décide de toute la suite, et l’étiquette ne le donne jamais.
| L’aromatique | Dans le pot | Le geste | Ensuite |
|---|---|---|---|
| Basilic | 10 à 20 semis, racines fibreuses | diviser aux pouces, 2 ou 3 touffes | annuel, jusqu’aux froids |
| Ciboulette | touffe dense de bulbilles | diviser aux pouces, 3 touffes | vivace, repart au printemps |
| Persil | semis serrés, un pivot chacun | trancher au couteau, 2 ou 3 parts | bisannuel, monte en graine au printemps |
| Coriandre, aneth, cerfeuil | semis serrés, pivot cassant | trancher au couteau, 2 parts | annuels, montent vite |
| Menthe, estragon | un seul pied, racines traçantes | rempoter entier, seul dans son pot | vivaces, envahissantes |
| Thym, romarin, sauge, laurier | un seul pied, base ligneuse | rempoter entier, racines intactes | vivaces, plusieurs années |
Ce qu’il faut pour rempoter les aromatiques du supermarché, et les huit jours qui comptent
Rien de spécialisé. Une bassine ou l’évier bouché, cinq litres de terreau pour trois pots, deux ou trois contenants de 1,5 à 2 litres percés au fond, un couteau de cuisine, une soucoupe par pot. En récupération, un grand pot de yaourt ou une boîte de conserve percée fait l’affaire six semaines.
Le délai compte davantage que le matériel. La motte est de la tourbe blonde chargée d’un engrais à libération lente, dosé pour le cycle de production et quelques jours de rayon : ces pots sont fabriqués pour être consommés en une à deux semaines. Passé trois semaines chez vous, il ne reste plus rien à manger dedans, et la motte est trop petite pour que les racines aillent chercher ailleurs. Rempoté dans les huit jours, le pot encaisse l’opération. Au bout de trois semaines, vous déplacez un malade.
Étape 1 : faire boire le pot avant d’y toucher
Ne dépotez jamais une motte sèche.
Posez le pot dans une bassine, versez de l’eau jusqu’à mi-hauteur, et laissez. Des bulles remontent pendant plusieurs minutes, c’est l’air chassé des pores du substrat. Quand elles s’arrêtent, comptez encore cinq minutes, sortez le pot et laissez-le s’égoutter.
Ça ressemble à une précaution de confort, c’est de la physique. La tourbe blonde bascule d’un caractère hydrophile à un caractère hydrophobe en séchant, et le seuil a été mesuré : autour de 50 % d’humidité, d’après les travaux de l’unité EPHor d’Angers présentés à la Société nationale d’horticulture de France en novembre 2020. En dessous, l’eau versée par le dessus file le long de la paroi et ressort dans la soucoupe sans avoir mouillé le cœur de la motte. Une motte qu’on croit arrosée reste sèche à l’intérieur, et elle se déchire en morceaux au dépotage.
Vous savez que c’est fait quand le pot pèse nettement plus lourd qu’à l’entrée.
Étape 2 : sortir la motte et lire les racines
Main à plat sur le terreau, tiges passées entre les doigts, retournez l’ensemble et tirez sur le pot. Jamais sur les tiges. La motte tombe dans votre paume d’un bloc.
Regardez le pourtour. Des racines blanches ou crème, fermes, qui tapissent la motte sans l’étouffer : la plante est saine, continuez. Des racines brunes et molles qui se défont sous le doigt, avec une odeur de vase : elles ont asphyxié dans l’eau stagnante de la soucoupe, et ça ne se rattrape pas. Récoltez dans l’heure ce qui est encore mangeable, jetez la motte.
Renoncer ici coûte moins cher que de renoncer après avoir acheté le terreau.
Étape 3 : diviser, trancher, ou ne rien faire
On lit partout qu’il faut séparer les plants un par un. Sur un pot de coriandre, c’est la façon la plus sûre de le tuer. Le geste dépend de la forme des racines, et il y en a trois.
Racines fibreuses : basilic, ciboulette
Écartez la motte avec les pouces, du bas vers le haut, en deux ou trois blocs de trois à cinq tiges. Des radicelles cassent, tant pis : ces plantes en refabriquent en quelques jours.
Racine pivotante : persil, coriandre, aneth, cerfeuil
Ne démêlez rien du tout. Ces quatre-là descendent un pivot unique et cassant ; sectionné, il ne repousse pas, et la plantule stagne ou file droit en graine. C’est la raison pour laquelle on sème la coriandre en place au lieu de la repiquer. Posez la motte sur une planche et tranchez-la au couteau, franchement, en deux ou trois parts comme un gâteau. Chaque part garde son bloc de terre serré autour des pivots qu’elle contient.
Pied unique : thym, romarin, sauge, menthe, estragon, laurier
Rien à faire à cette étape. La motte passe entière dans le pot suivant.
Il vous restera presque toujours plus de touffes que de pots. Ne les gardez pas « au cas où » dans un verre d’eau, où elles pourriront en trois jours : coupez-les et mettez-les dans le repas du soir.
Étape 4 : un litre et demi par touffe, et rien au fond du pot
Le litrage commande le reste. Une touffe de basilic dans 1,5 litre traverse la saison. La même dans 400 millilitres réclame de l’eau deux fois par jour en juillet et monte en graine en trois semaines, parce qu’une plante qui manque d’eau bascule en reproduction. Montez à 2 litres pour un pot noir exposé plein sud.
Ne mettez pas de billes d’argile au fond : la couche de drainage ne draine rien et vous prend du volume de terre utile. Ce qui compte, c’est le trou libre et la soucoupe vidée.
Trois centimètres de terreau au fond, la touffe posée dessus, du terreau autour, tassé du bout des doigts sans écraser. Le collet, cette limite entre la tige et les racines, reste au niveau de la surface. Un centimètre de terre par-dessus et la tige du basilic pourrit en une semaine. Laissez deux centimètres de libre entre le terreau et le bord du pot, sans quoi l’eau débordera à chaque arrosage.
Arrosez une fois, abondamment, jusqu’à ce que l’eau sorte par le trou. Videz la soucoupe une demi-heure après.
Étape 5 : une semaine à l’ombre claire, puis vous récoltez
Votre plante sort d’une serre, sous humidité forte et lumière diffuse, et elle vient de perdre des racines. Le plein soleil la grille en une après-midi.
Cinq à sept jours à l’ombre claire : un rebord orienté est, ou l’intérieur derrière une vitre voilée. Arrosage modéré, la surface doit sécher entre deux passages. Aucun engrais, le terreau neuf en porte assez pour six semaines.
Au huitième jour, les pots gagnent leur place définitive, et toutes les aromatiques ne demandent pas la même exposition : le basilic et le thym veulent le sud, la menthe et le cerfeuil s’accommodent de trois heures de soleil.
La première récolte se prend quand la touffe a produit deux étages de feuilles neuves. Coupez toujours au-dessus d’une paire de feuilles, jamais feuille à feuille : la tige repart en deux à cet endroit, et la plante s’étoffe au lieu de s’épuiser.
Quand ça ne repart pas
Les feuilles pendent le lendemain du rempotage ? Attendu sur les racines fibreuses, qui ont perdu des radicelles. La plante se redresse en deux ou trois jours. N’arrosez pas plus pour autant, vous ajouteriez l’asphyxie au choc.
La coriandre file et fleurit en dix jours : le pivot a été cassé pendant la division, et aucun pincement n’y fera rien. Récoltez les feuilles tant qu’il y en a, laissez monter, ramassez les graines en fin d’été. Elles se sèment en place l’année suivante, et c’est de toute façon la bonne méthode pour cette espèce.
Dernier cas, le plus trompeur : la terre est mouillée en surface et la plante fane quand même. Ou bien la motte d’origine est restée hydrophobe en son cœur et l’eau la contourne, et vous la retrempez vingt minutes. Ou bien les racines pourrissent et plus rien ne boit. Sortez la motte, l’odeur répondra.
Trois semaines après : ce que vous devez voir
Des feuilles neuves au centre de la touffe, plus petites et plus claires que les anciennes. Un terreau qui met deux à trois jours à sécher au lieu d’un seul. Un pot qui résiste quand vous poussez la touffe du doigt, parce que les racines ont pris le volume. Ces trois signes vont ensemble.
Ce que vous avez gagné dépend ensuite de l’espèce, et l’écart est énorme. Sur un basilic, trois ou quatre mois de récolte au lieu de dix jours, et il mourra quand même à l’automne. Sur un thym, ce pot à deux euros devient une plante que vous récolterez des années : un thym rempoté en avril est sans doute le meilleur achat du rayon frais, et c’est celui qu’on ne divise surtout pas.