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Quelle eau pour arroser ses pots : robinet, pluie ou eau filtrée

Quelle eau pour arroser les plantes en pot ? Le robinet convient à presque tout : ce qui décide, c'est le nombre d'années que le pot gardera son terreau.

· La rédaction du Jardin Balcon · 6 min de lecture

Une cuillère à soupe de vinaigre blanc par litre d’eau, écrit un site de jardinage. Une cuillère pour cinq litres, écrit le suivant. Une cuillère pour dix litres, écrit un troisième. Même eau du robinet, même arrosoir, même objectif annoncé : ramener l’eau autour de pH 6. D’un conseil à l’autre, la dose varie d’un facteur dix, et aucun des trois ne demande de vérifier le résultat.

Ces recettes cherchent toutes à retirer le calcaire de l’eau. Sur un balcon, la question se pose autrement, et elle commence par une histoire de calendrier.

Le critère qui décide : combien d’années ce pot gardera son terreau

En pleine terre, le calcaire apporté par l’arrosage s’ajoute à un sol qu’on ne remplacera jamais. Il s’accumule sur vingt ans. En pot, le substrat a une durée de vie, et elle commande tout le reste.

Un bac à tomates de 30 litres boit environ 250 litres d’eau entre avril et octobre. À 30 degrés français de dureté, valeur banale en Île-de-France, dans le Nord ou en Provence, chaque litre apporte 300 mg de carbonate de calcium, puisqu’un degré français vaut 10 mg par litre. Sur la saison : 75 grammes de calcaire versés dans 30 litres de terreau, l’équivalent d’un demi-verre de craie en poudre. Ça se voit, d’ailleurs, à la croûte blanchâtre de fin d’été.

Et ça n’a aucune suite, parce qu’en octobre vous videz ce bac. Le terreau d’une culture annuelle est épuisé au bout d’une saison de toute façon, et les 75 grammes partent avec lui.

Le calcaire ne pèse que lorsqu’il s’ajoute à celui de l’année d’avant. Un pot d’agrumes, un framboisier, un pied de romarin gardent le même substrat cinq ans, parfois dix. Les 75 grammes deviennent 400, puis 700, le pH du terreau monte durablement au-dessus de 7 et le fer se bloque : les feuilles jaunissent en gardant leurs nervures vertes. C’est la chlorose ferrique. On ne la voit jamais sur une tomate en pot.

Pour connaître la dureté de votre eau, deux sources gratuites : la fiche de qualité jointe une fois par an à votre facture, et les résultats du contrôle sanitaire commune par commune publiés par le ministère chargé de la santé.

Quelle eau pour arroser les plantes en pot : ce que chacune change vraiment

EauVerdict en pot
Robinetoui, pour toutes les annuelles
Pluieoui, mais 45 litres par an et par seau
Carafe filtrantenon, une cartouche par semaine
Osmoseurnon, 2 à 4 litres rejetés par litre
Adoucisseurnon, le sodium s’accumule
Bouteillenon, souvent plus dur que le robinet

L’eau du robinet apporte du calcium et du magnésium, qui sont des nutriments. Le calcium est même ce qui manque à un plant de tomate quand la nécrose apicale noircit le dessous des fruits.

La carafe filtrante marche, chimiquement : sa résine échange le calcium contre des ions hydrogène et abaisse vraiment la dureté. Elle bute sur le litrage. Une cartouche est donnée pour une centaine de litres, et un balcon de cinq pots en consomme autant en dix jours d’été.

L’osmoseur retire tout, magnésium et oligo-éléments compris, et rejette deux à quatre litres à l’égout pour un litre produit. L’adoucisseur, lui, substitue : chaque ion calcium sort remplacé par du sodium, que les racines supportent moins bien encore. Restent les bouteilles, et là le réflexe se retourne : une Contrex titre près de 470 mg de calcium par litre, davantage que l’eau du robinet dans la plupart des communes de France.

Combien d’eau de pluie un balcon récupère vraiment

Un seau de 30 centimètres de diamètre offre 0,07 m² au ciel. À Paris-Montsouris, la normale de précipitations 1991-2020 s’établit à 634 mm par an. Ce seau, laissé dehors douze mois pleins, recueille 45 litres. Le bac à tomates en boit 250 sur un seul été.

La récupération d’eau de pluie a été pensée pour une toiture et une gouttière, où quelques dizaines de mètres carrés alimentent une cuve. Sur un balcon, la surface de collecte est celle d’un récipient posé. Sauf si un auvent, une casquette de béton ou le balcon du dessus se vide en un point précis : placez un bidon dessous, et les volumes changent d’ordre de grandeur.

Ces 45 litres annuels ne couvrent pas un potager. Ils couvrent l’essentiel de la saison d’un pot de myrtille de 15 litres, en complétant au robinet les semaines sèches. Dépensez-les là.

Le voile blanc sur le terreau n’est pas forcément du calcaire

La surface qui blanchit envoie deux signaux différents, et le doigt les sépare en une seconde.

Une croûte dure, granuleuse, qui craque quand on la gratte et laisse une poudre : ce sont les sels minéraux, calcaire d’arrosage et engrais confondus, restés sur place pendant que l’eau s’évaporait. Elle se retire à la fourchette, et on remet 3 cm de terreau frais.

Un duvet cotonneux, souple, qui s’écrase sous le doigt et s’étale en quelques jours : c’est un mycélium, et il se traite autrement. Voir le terreau moisi dans les pots.

Les traînées blanches sur la paroi extérieure d’un pot en terre cuite forment un troisième cas, purement cosmétique. La paroi est poreuse, l’eau la traverse, s’évapore et abandonne son calcaire au passage. Une éponge et du vinaigre entre deux saisons en viennent à bout. Un pot en terre cuite s’évapore aussi plus vite qu’un pot en plastique de même volume : il s’arrose plus souvent, et reçoit donc plus de calcaire sur une saison.

Les trois gestes qui remplacent le changement d’eau

Arrosez jusqu’à ce que l’eau sorte par le fond, et videz la soucoupe. Le calcium reste dissous tant qu’il ne s’évapore pas : ce qui s’écoule emporte sa part de minéraux. Une soucoupe qu’on laisse se réabsorber renvoie tout à l’intérieur, en plus concentré. Encore faut-il que le trou soit libre, ce qui est un autre débat sur le drainage en pot.

Surfacez les pots pérennes une fois par an. Au printemps, retirez les 3 à 5 premiers centimètres, croûte comprise, et remettez du terreau neuf. Sur un agrume ou un framboisier, ce geste fait plus contre le calcaire que n’importe quelle eau achetée.

Réservez l’eau de pluie aux calcifuges : myrtille, hortensia, camélia, agrumes en pot. Deux ou trois contenants sur un balcon, et ce sont les seuls qui la méritent.

Ce qui ne sert à rien, en revanche : laisser reposer l’eau vingt-quatre heures. Le calcium est dissous, il ne décante pas. Ce qui s’échappe pendant ce temps, c’est un peu de chlore libre, présent au robinet autour de 0,1 mg par litre, une teneur qui ne gêne aucune culture potagère.

Qui prend quoi

Vous cultivez des annuelles, le robinet suffit et sans réserve. Tomates, salades, radis, courgettes, basilic, pois. Le terreau est renouvelé chaque année, le calcaire n’a pas le temps de s’installer, et l’eau du robinet apporte au passage le calcium dont vos tomates ont besoin. Même à 40 degrés français, aucune recette de vinaigre ne se justifie. Arrosez jusqu’à l’écoulement, videz la soucoupe, gardez votre argent pour du terreau.

Vous gardez des pots pérennes ou calcifuges, c’est la pluie en priorité et le surfaçage annuel. Agrume, myrtille, framboisier, hortensia, romarin de trois ans. Le substrat va encaisser cinq à dix ans d’arrosage, et c’est le seul cas où la nature de l’eau change l’issue. Le vinaigre garde une utilité ici, à condition d’avoir des bandelettes pH dans la main : sans mesure, la fourchette qui circule va d’une cuillère par litre à une cuillère pour dix, et vous ne saurez jamais où vous êtes tombé.

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